Édito de Jean-Claude Mailly
Le numéro deux de Forum est consacré au travail. Aborder la question du travail c’est se poser les questions de sa nature, de ses métamorphoses, contradictions et représentations. À la fois source d’émancipation et d’aliénation, activité et situation, le travail occupe une place centrale dans la vie de la plupart des personnes et se trouve au cœur des débats politiques, économiques et sociaux. La question salariale est certes essentielle car il n’y a pas de travail sans salaire, qui est la contrepartie, le prix de la force du travail. Mais au-delà de cette question salariale cruciale, il est important de comprendre le rapport, la place et le sens du travail pour les salariés. Parler et faire parler du travail, c’est aussi sensibiliser sur des problématiques spécifiques. Ainsi le travail des femmes et le travail précaire, mais aussi le travail des étudiants sont des sujets qui méritent qu’on s’y arrête tant ils caractérisent certains des bouleversements majeurs qu’a connu le monde du travail ces derniers temps. Le travail obéit aussi à des règles et nécessite des protections: par le droit du travail, qui a besoin d’être constamment réaffirmé, que ce soit au niveau national ou même international, par la protection sociale collective qu’il s’agit de conserver, de promouvoir et donc de défendre par la liberté de négociation, qu’il faut en permanence réaffirmer et protéger. Mais il s’agit aussi de s’interroger sur la vie au travail, constituée notamment par les relations au travail individuelles et collectives, ainsi que par les conditions de travail au sens large. Les conditions de travail et plus particulièrement les modes d’organisation du travail sont également des thèmes qui sont ici abordés.
Sur ce sujet, une prise de conscience émerge dans le champ d’action des syndicats. En effet, la question des conditions de travail fait partie depuis longtemps des préoccupations et revendications syndicales, il en est de même pour la durée du travail. Tous ces champs de revendications et d’analyses se situent en aval du travail, sur les conséquences. Progressivement, le constat a été fait d’une nécessité de se situer non plus seulement sur l’aval, mais aussi l’amont: soit sur l’organisation du travail et ses modes. Il en est de même quand il s’agit de discuter à la fois des modes de protection et de répartition des richesses.
Ce constat et la prise de conscience qui s’en est suivie s’expliquent par la nette dégradation progressive des conditions de travail et l’individualisation croissante des relations sociales, couplées à l’instauration de nouveaux modèles de management.
Cette prise de conscience amène à s’interroger, à débattre. La réflexion est en perpétuel mouvement et Forum se veut modestement un outil d’aide à cette réflexion.
Alors que le système capitaliste est en crise et qu’on assiste à un transfert du risque vers les travailleurs et les citoyens s’agissant de la fiscalité, il est plus qu’utile de resituer pleinement la place du travail dans le rapport de force avec le capital.
C’est pourquoi je remercie particulièrement les personnes de tous horizons professionnels qui ont participé à ce numéro et qui ont contribué à alimenter le débat. De quoi le travail est-il le nom? Les réponses sont multiples et ce numéro de Forum en esquisse quelques-unes, essentielles.
Jean-Claude Mailly